Une si grande espérance

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C'est un fait indéniable que le peuple algérien manifeste, depuis plusieurs semaines, un sens aigu du patriotisme, refusant toute forme d'ingérence dans ses enjeux sociétaux et politiques actuels, et donnant à voir au monde entier un exemple rare de civisme et de maturité. Ce que l'on appelle parfois, avec un rien de condescendance, «la Rue» déboule sur les places publiques avec un enthousiasme juvénile qu'il serait fatal de sous-estimer, tant la soif de changement constitue le levier majeur des vagues de manifestants hostiles au 5ème mandat tant et tant vanté, ces derniers temps, et à une cohorte de clients politicards et affairistes, mue par le seul souci de préserver des «acquis» à l'heure où le peuple réclame la vraie justice.
Nous ne sommes pas arrivés à ce stade par hasard. La colère a été sourde et muette, pendant longtemps, mais elle a couvé, et grandi, telle la lave du volcan qu'on ne découvre, abasourdi, que lorsque l'explosion a lieu. Pacifique, mais redoutable, la parole des millions d'Algériennes et d'Algériens a interpellé le «système» et d'aucuns ont cru y voir, innocemment ou à dessein, le signe d'un remake attardé du «Printemps arabe». C'est aller un peu vite en besogne et faire table rase de certaines pages inscrites dans les mémoires.
L'Algérie a vécu sa Révolution un 5 Octobre 1988. Elle l'a vécue, avec ses hauts et ses bas, et elle en a payé les graves conséquences durant ce qu'on considère comme la décennie noire. Il n'empêche que c'est à ce moment-là que vinrent les grandes avancées, telles que le multipartisme, l'ouverture du champ médiatique, la diplomatie de la paix et du dialogue... La jeunesse qui déferle dans les villes n'a évidemment aucun souvenir de ce temps-là, sauf qu'elle mesure, par anticipation, le lourd tribut que le pays a consenti pour recouvrer la paix et la stabilité devenues des dogmes.
Que les résidus des aventuriers de jadis cherchent à retrouver les sentiers de leur victoire avortée, c'est une évidence. Mais c'est peine perdue car cette même jeunesse qui rejette avec force la prétention dynastique, l'ambition du mandat à vie et les appétits féroces d'une mafia rivée sur sa «chkara» n'a guère envie de se laisser emporter dans une autre aventure sanglante qui ne profiterait, comme l'enseigne Confucius, qu'aux nombreux lâches, tapis dans l'ombre. Voilà donc un mouvement qui mobilise toute une jeunesse pour la fin d'un mode de gouvernance et l'avènement d'une deuxième République avec laquelle le «système» cherchera, une nouvelle fois, à se réinventer.