Avocats et médecins "sautent" le vendredi

Par

Particularismes. Des avocats ont manifesté, samedi dernier, à Alger. Certains étaient venus d'autres wilayas du pays. Leurs revendications n'étaient pas socioprofessionnelles. Ils réclamaient entre autres «l'indépendance de la justice», «l'application stricte de la loi» et le «changement du système». Comme les manifestants du vendredi. Oui, mais alors pourquoi ces avocats choisissent-ils le samedi? Ils pouvaient se joindre à tous les citoyens qui étaient sortis la veille. Comme chaque vendredi où sans mettre en avant leur profession ou leur situation de sans-emploi, les Algériens sortent dans la rue pour réclamer eux aussi le «changement du système». On ne reconnaissait pas le mécanicien de l'ingénieur, le fonctionnaire du chômeur ni la femme au foyer de celle qui est salariée. Il y avait même des enfants dont les parents ont tenu à les faire participer. En somme, c'est le peuple algérien dans toutes ses composantes qui sort les vendredis. Sauf les avocats qui ont pris le soin de revêtir leurs robes noires et ont préféré marcher le lendemain samedi. Et dans une moindre mesure le personnel de la santé avec leurs blouses blanches qui eux ont choisi le mardi. Ce qui suscite des questionnements. Pourquoi les robes noires et les blouses blanches tiennent-ils à avoir leur propre jour de marche? La première réponse qui va de soi est le souci de ne pas être noyés dans la masse et ainsi être plus visibles. Oui, mais dans quel but puisque leurs slogans sont les mêmes que ceux du peuple du vendredi? On a l'impression d'être face à cette vieille recette qui veut que «la meilleure défense, c'est l'attaque». Explications. Dans le changement du système exigé par le peuple algérien, la justice se taille la part du lion. La «hogra», la corruption, les passe-droits, et tous les fléaux dont ne veulent plus les Algériens dépendent entièrement d'une justice au-dessus de tout soupçon. Nul ne peut contester que sans les avocats, les cas de corruption de magistrats seraient impossibles. Ce n'est jamais un justiciable qui propose directement à un juge d'être «partial». Quant aux blouses blanches, il est clair que le peuple a pris conscience qu'aux yeux des praticiens, le malade est passé de patient au statut de client. Tout le monde comprend l'énorme différence. Ce qui explique pourquoi les avocats autant que les personnels de santé veulent être très visibles pour clamer leur solidarité avec le peuple!