Du système aux institutions

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Bras de fer. Les visites de travail des ministres dans les wilayas du pays deviennent difficiles. Hier, c'est le ministre de l'Energie, Mohamed Arkab, qui a été surpris, à sa descente d'avion, de trouver un «comité d'accueil» inattendu. Plusieurs dizaines de citoyens lui ont barré la route, l'empêchant de sortir de l'aéroport. La veille, c'est le ministre de l'Intérieur, Salaheddine Dahmoune, qui était accompagné du ministre des Ressources en eau, Ali Hamam, et du ministre de l'Habitat, Kamel Beldjoud, qui ont eu le même accueil hostile à Béchar. Ils ont même dû écourter leur mission en annulant une visite d'inspection dans la wilaya déléguée de Beni Abbès distante de 240 km de la wilaya de Béchar. De telles actions semblent répondre à une organisation certaine car il n'est pas donné à tout le monde de connaître les détails des déplacements ministériels pour les attendre à des endroits précis. Ceci est d'autant plus curieux que la mobilisation populaire que connaît le pays depuis le 22 février dernier est réputée spontanée et sans représentants connus. D'où la difficulté pour les autorités d'envisager un dialogue avec les manifestants pour la recherche de solutions consensuelles. Ce qui, aussi, complique la situation car les manifestations ont lieu sur fond de contestations tous azimuts sans offrir aucune alternative à ce jour. Et ce ne sont pas les quelques «sorties de crise» proposées par des partis de l'opposition qui peuvent être considérées comme étant «validées» par le Hirak. Ces partis de l'opposition sont eux-mêmes rejetés par la «rue». Et si l'on y ajoute le «dégagisme» des 3 B (Bensalah, Bedoui et Belaid), exigé par les manifestations du vendredi, la volonté de créer un vide institutionnel est clairement affichée. Et ce ne sont pas les noms de personnalités, non consensuelles, de substitution, avancées ici et là, qui pourraient combler le vide. Au contraire, ils élargiront les divisions. Au final, c'est la paralysie du fonctionnement de l'Etat qui semble être recherchée. Comme on peut le constater, ce n'est plus seulement le système qui est ciblé, mais les institutions du pays. La différence est énorme et le danger aussi. Pendant ce temps, l'institution militaire qui a insisté sur le respect de la Constitution, observe l'évolution que prend la crise dans le pays. Elle a d'autres «cartes» en main. Une chose est sûre, notre armée assumera ses responsabilités constitutionnelles. Qui pourrait en douter?