Sortie de secours

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Après une ère de glaciation sociopolitique qui a duré deux décennies et a ouvert la voie royale à une corruption outrancière, les Algériennes et les Algériens ont investi la rue, d'abord par milliers, puis, au fil des vendredis, par millions, pour faire barrage à un 5ème mandat vécu comme une humiliation et dire leur rejet de tout le «système». Dès le 22 février, ils n'ont pas cessé de clamer des revendications mais, à cette heure, bien malin serait celui qui prétendrait savoir où ils veulent aller et comment. C'est dire l'urgence de la réflexion, tant le pays a besoin d'une solution à une crise qui ne peut durer éternellement. Deux mois plus tard, le bilan est en effet contrasté. Bouteflika et ses porte-voix les plus proches sont partis, des responsables politiques et des barons de l'«investissement» privé se retrouvent sous les fourches Caudines de la justice pour une corruption présumée et le gouvernement, en charge des affaires courantes, est à pied d'oeuvre pour essayer de mener la barque, malgré les récifs. Mais dans quelles conditions et en vertu de quelles réponses consenties au Hirak?
De plus en plus de voix s'élèvent pour dire que la situation ne saurait perdurer alors que le pays est dans une impasse. Incontestablement révolutionnaire, le mouvement de contestation pèche par un manque flagrant de programme clair et de représentants adoubés. Certes, la vie continue et le président par intérim consulte à tout-venant tandis que le Premier ministre s'en va débattre avec les «élus» de l'APN. C'est là un plan limpide qui vise à montrer que le pays est bien tenu, du moins jusqu'à la date fatidique du 9 juillet prochain. Mais qu'en sera-t-il réellement, lorsque les urnes se découvriront boudées par une majorité d'électeurs intransigeants? La raison voudrait que l'Etat parvienne à fonctionner le plus normalement du monde puisqu'il y a des échéances qu'on ne peut occulter. Et c'est dans l'intérêt des citoyens, en général, et de toute une jeunesse, en particulier, si l'on considère les dates d'examen au niveau des collèges, des lycées et des universités, par exemple. Les forces politiques diverses, la société civile dans sa globalité, le Hirak, avec tout ce qu'il recèle comme courants de pensée et d'ambitions contradictoires, n'ont pas d'autre choix que celui de contribuer à la définition d'une feuille de route consensuelle, seule à même de permettre au pays de sortir rapidement de cette crise.