Une grande épreuve

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La date butoir des dépôts de candidatures à l'élection présidentielle, le 3 mars dernier, est passée à la trappe dans un silence de cathédrale. Ni l'opposition, quelque peu déboussolée et sans cesse en quête d'une audience élargie, ni le pouvoir, au lendemain de la démission contrainte de Abdelaziz Bouteflika, n'ont une position tranchée. Et après le dixième vendredi de manifestations, le Hirak demeure tel qu'en lui-même, un maelstrom sympathique, au programme quelque peu flou. Sans doute, la mobilisation depuis le 22 février dernier ne s'est pas démentie, pas plus que les mots d'ordre. D'une ampleur impressionnante et d'un pacifisme exemplaire, elle illustre l'immense malaise qui agitait l'ensemble de la société, toutes catégories confondues. Néanmoins, le pays apparaît, de plus en plus, dans une situation délicate. Les constitutionnalistes auront beau jeu de dire les chemins susceptibles d'être empruntés. Lorsque le président par intérim aura bouclé les 90 jours d'exercice et que la convocation d'une présidentielle sera passée par pertes et profits, on se réveillera dans une cruelle incertitude, sans la moindre visibilité quant à la sortie du tunnel. A qui reviendrait alors la responsabilité de l'errance politique dans laquelle se retrouverait le pays? Une situation dont on peut dire qu'elle ne devrait arranger personne.
N'ayant ni une opposition capable de convaincre une majorité de citoyens ni une élite en mesure de synthétiser les revendications, même maximalistes, quel pourrait être le choix ultime pour éviter au pays de sombrer dans une nébuleuse où plus personne n'est capable de dire qui est qui? La question conduit à une réponse que personne n'osera assumer, même si des voix s'élèvent, depuis quelques jours, pour mettre en garde sur des épreuves prévisibles. Que dira effectivement, l'Etat, sans peur d'être aussitôt conspué et voué aux gémonies? Qui décidera, en son âme et conscience, de la route à suivre, obligatoirement conforme aux exigences du Hirak, mais aussi responsable sur la méthode et la mesure sans lesquelles il ne saurait y avoir de justice sereine? Demain, le onzième vendredi du Hirak sera sans doute semblable à tous ceux qui l'ont précédé. Sans concession et sans visibilité aucune. C'est ce qui nourrit les inquiétudes, de jour en jour croissantes, au sein de la population alors que des nuages, de plus en plus menaçants, se concentrent sur toutes nos frontières.