Où s'arrêtera le curseur de l'armée?

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L'ancien patron du DRS, le général Toufik, Saïd Bouteflika et le général Tartag arrêtés. Très grosse prise pour la justice. Les premières indiscrétions indiquent qu'ils ont été accusés de manoeuvres politiques hostiles au Hirak et qui pouvaient nuire à l'armée. Il y va donc de la sécurité de l'Etat. En d'autres temps, en d'autres circonstances, cette information aurait eu l'effet d'un séisme inquantifiable sur l'échelle de Richter. Mais l'effet du choc psychologique que devaient produire de pareilles nouvelles sur le citoyen a été largement dépassé depuis la démission de l'ancien président Bouteflika, l'arrestation de Ali Haddad, Isaad Rebrab, la convocation de l'ancien Dgsn, Abdelghani Hamel et de l'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia.
Quelle sera la prochaine étape? Où s'arrêtera le curseur de l'armée dont le chef d'état-major a révélé qu'il détient «de lourds dossiers de corruption»? Dans son discours prononcé mardi dernier, à Constantine, Ahmed Gaïd Salah a en effet indiqué que «les services du ministère de la Défense nationale détiennent des informations avérées concernant plusieurs dossiers lourds de corruption, dont je me suis enquis personnellement, dévoilant des faits de spoliation des fonds publics avec des chiffres et des montants faramineux». Ces dossiers seront remis à la justice «pour les étudier et enquêter pour poursuivre tous ceux qui y sont impliqués». Bien avant Gaïd Salah, l'ex-Dgsn Abdelghani Hamel a déclaré devant les journalistes le 26 juin 2018, qu'il détient des dossiers de corruption. Le chef d'état-major parlait-il des mêmes dossiers? Hamel a-t-il remis ces dossiers à l'armée et à la justice? Autant d'interrogations qui entourent ces arrestations. Une course vers un objectif précis est engagée sur les chapeaux de roue et cette accélération des événements risque de causer des dégâts collatéraux si ce n'est pas déjà le cas. Il y a une certaine peur qui s'est installée à tous les niveaux de responsabilité engendrant une paralysie dont le pays aurait pu faire l'économie en cette conjoncture particulière. Certes, la lutte contre la corruption est une urgence nationale, mais cela ne doit pas faire perdre de vue que la crise en Algérie est politique. La revendication principale est le changement total du système politique. Le Hirak se contentera-t-il de merles quand on lui promet des grives? Le but est d'abord de récupérer l'argent volé. Tout l'argent. Au moment où le pays est au bord d'une grave crise économique, personne n'est intéressé à ce qu'un homme d'affaires, un haut responsable ou un militaire se retrouve en prison alors les milliards d'euros sont entassés en Suisse, au Panama, aux Emirats, aux Seychelles et au Luxembourg. C'est l'argent des Algériens, ils doivent en jouir.