A l'heure du douzième round

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A la veille du douzième round du Hirak, le pays est, plus que jamais, à la croisée des chemins. Un contexte sécuritaire régional menaçant, une économie pratiquement à l'arrêt, une société sur le qui-vive et un horizon politique des plus incertains. Si rien n'est fait pour sortir d'un tel marasme, il y a fort à parier que le mal, à force d'empirer, rendra inéluctable une thérapie de choc. Faute de quoi, on serait dans une situation de non-assistance à patrie en danger. Or, ce ne sont pas les partisans du chaos qui vont oeuvrer dans le sens d'une sortie de crise consensuelle, au contraire. Depuis des mois, ils auront tout fait pour que l'Algérie sombre dans l'anarchie et la division, mais en vain. Non seulement, manifestantes et manifestants ont démontré, par millions, qu'ils sont conscients des enjeux et placent la sauvegarde de la nation au-dessus de tous les aventurismes, mais ils ont, aussi, prouvé leur détermination à poursuivre leur action pour l'avènement d'une IIème République.
N'en déplaise aux partisans du rendez-vous électoral du 4 juillet, force est de constater que le pari n'est guère tenable. A cela, plusieurs raisons dont la plus évidente a trait aux nécessaires conditions de transparence et d'honnêteté qui sont loin d'être réunies. Si le Hirak persiste, c'est bien parce que le peuple reste convaincu que les leviers traditionnels de la tricherie et de la manipulation des urnes sont toujours là, et bien là. En somme, la confiance règne. Et ce ne sont sûrement pas les promesses, aussi belles qu'elles puissent être, qui seront de nature à dissiper la méfiance ou à apaiser les doutes.
D'où l'urgence d'un véritable débat qui concerne aussi bien l'armée que la frange politique, dans sa diversité, et la société civile. Un débat centré sur les voies et moyens de progresser rapidement vers une sortie de crise, susceptible de contenter tout le monde et son père. Bien évidemment, le défi est grand comme grandes, aussi, sont les attentes du peuple, conscient de vivre une phase historique de sa longue lutte pour la maîtrise réelle de son destin. Pour atteindre un tel objectif, il n' y a pas d'autre choix que de dialoguer sagement, patiemment, loyalement, en refusant les discours de l'exclusion et ceux de l'anathème. Rien ne serait plus nocif que de s'en tenir à une démarche de surenchère, au moment où il faut, au contraire, oeuvrer à rassembler toutes les énergies autour d'une réflexion féconde, pour résoudre, au mieux, cette crise.