Le prix de la légitimité

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Au cours des trois derniers mois, on a constaté que ce qui fait la force et la rigueur de l'armée, c'est bien son attachement indéfectible au strict respect de la légalité constitutionnelle. Contestée, décriée, rejetée à la fois par le Hirak et par certains courants politiques de l'opposition, cette démarche se veut immuable face aux appels incessants à sortir de ce cadre. Or, si tel était le cas, ce serait la porte ouverte à un aventurisme lourd de dangers autant que porteur d'une certaine anarchie, voire d'une anarchie certaine, dont voudront profiter les professionnels de la déstabilisation qui guettent la moindre opportunité pour mettre à genoux le pays.
Ainsi, s'explique et se justifie ce référent constant à la Loi fondamentale, quelles que puissent être ses insuffisances, parce que sortir de ce cadre implique une perte de légitimité aux conséquences néfastes. De multiples gages ont été donnés aux millions de manifestants qui incarnent la volonté populaire et, en premier lieu, l'amorce d'une volonté des pouvoirs publics de vraiment changer les choses en matière de lutte contre la corruption.
Des dossiers ont été instruits par la justice, qui rend ses verdicts au nom du peuple, des personnalités ont été déférées. On imagine mal le pouvoir céder à la magnanimité d'antan, tant l'opinion publique suit les «affaires» avec une attention extrême. Des jugements rendus, il sera déduit si la campagne actuelle est sincère ou s'il ne s'agit que d'une mise en scène, sans lendemains. Le peuple veut et réclame des sanctions exemplaires et il attend que les symboles, (re)connus durant les deux décennies écoulées pour leurs graves atteintes aux intérêts du pays, soient condamnés en toute équité et sans l'ombre d'une quelconque mansuétude par les tribunaux concernés. Ce n'est pas là une porte ouverte à ce qui pourrait s'apparenter à un quelconque règlement de comptes ou à un procès d'intention.
Point n'est besoin de citer des noms ou de spéculer sur telles ou telles responsabilités, latentes ou avérées. Au fil des manifestations du vendredi, depuis le 22 février dernier, on a entendu, ici et là, les revendications concernant maintes et maintes affaires, comme celle de l'autoroute Est-Ouest, du secteur de l'hydraulique (aqueduc de Tamanrasset), des transports (port-centre, siège d'Air Algérie...) et de beaucoup d'autres, encore. Il faut dire que la corruption a atteint, sinon dépassé, le seuil de l'entendement, au point que le pays se retrouve saigné, à la fois dans son économie et dans sa souveraineté qui doivent faire l'objet d'un véritable plan d'urgence pour limiter les dégâts, déjà dramatiques.