EN 24 H, LES TENSIONS SE SONT AGGRAVÉES EN SYRIE

L'aviation US abat un chasseur syrien

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N'ayant pas été «informée» de l'attaque, la Russie a suspendu hier, pour la seconde fois, sa coopération avec Washington sur la prévention des incidents aériens.

Au moment même où on apprend la prochaine reprise des négociations d'Astana, sous l'égide de la Russie, de l'Iran et de la Turquie, prévue le 10 juillet au Kazakhstan selon une déclaration du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, la situation en Syrie connaît de multiples développements qui aggravent les tensions dans ce pays. Ainsi, il y a le chasseur syrien abattu par l'aviation américaine, des affrontements inédits entre troupes gouvernementales et rebelles soutenus par les Etats-Unis et le tir de missiles iraniens sur Deir Ezzor: suite à ces incidents, la tension est donc montée d'un cran en à peine 24 heures.
L'avion de chasse syrien a été abattu dimanche dernier, aux environs de Tabqa, par la coalition internationale que conduit Washington dans la province de Raqqa (Nord), alors qu'il attaquait les positions de Daesh en butte à l'offensive des forces arabo-kurdes FDS, armées et pilotées par les Etats-Unis. «L'aviation de la coalition internationale a visé cet après-midi un de nos avions de combat dans la région de Resafa, dans le sud de la province de Raqqa, alors qu'il menait une mission contre le groupe terroriste Etat islamique», a indiqué l'armée syrienne, précisant que «l'avion a été abattu et le pilote est porté disparu» et parlant d'«agression flagrante». Damas et Moscou ont aussitôt dénoncé une «agression» qui constitue une «aide aux factions terroristes» que les Etats-Unis «prétendent» combattre.
Une des conséquences immédiates de cette attaque aura été le début des combats entre les troupes gouvernementales syriennes et les FDS, chacune ayant la ferme intention d'en finir avec l'organisation terroriste. Il s'agit là d'un affrontement qui peut conduire à une escalade des hostilités, l'armée syrienne étant positionnée à la lisière des zones investies par les FDS et leurs conseillers américains. Ayant pratiquement repris tout le nord du pays, symbolisé par la libération de la ville d'Alep, elle est en train de progresser depuis deux mois dans le Centre et le Sud et de se diriger également vers l'Est pour verrouiller la frontière avec l'Irak.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (Osdh) estime que le régime cherche à protéger la province pétrolière de Deir Ezzor, encore plus à l'est de Raqqa, confirmant les combats entre l'armée syrienne et les FDS dans les villages de Chouwayhane et Jaaydine.
Damas a chassé Daesh de plusieurs zones dans la Badiya (désert) et son armée a atteint le 9 juin dernier la frontière irakienne, encerclant quasiment des groupes rebelles soutenus par Washington au poste-frontière d'Al-Tanaf. Du coup fortement inquiets, les Etats-Unis ont déployé des batteries de lance-roquettes multiples pour bloquer une éventuelle offensive contre ces forces rebelles.
Mais la tension est aussi accrue par le fait que l'Iran a annoncé dimanche dernier le tir de plusieurs missiles de moyenne portée contre des positions de Daesh dont les éléments encerclent des troupes gouvernementales syriennes à Deir Ezzor. Selon les médias iraniens, ce sont les premiers tirs en 30 ans - depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988) - de missiles hors du territoire de l'Iran. Aux dires des Gardiens de la révolution, armée d'élite du régime iranien, les missiles ont été lancés de l'ouest de l'Iran pour frapper «des bases de terroristes» dans la région de Deir Ezzor, en représailles au double attentat (Parlement et mausolée de l'imam Khomeyni, 17 morts) du 7 juin à Téhéran, revendiqué par Daesh. Les médias iraniens ont évoqué six missiles. «Cette opération a été un succès et les missiles ont détruit des bases de commandement et d'armement de Daech à Deir Ezzor», dans l'est de la Syrie, a déclaré le général Ramezan Sharif, porte-parole des Gardiens de la révolution, selon leur site officiel.»Les missiles ont traversé le ciel irakien et ont frappé leurs cibles en Syrie», a déclaré le général Amir-Ali Hadjizadeh, le commandant de la force aérospatiale des Gardiens de la révolution à la télévision d'Etat. «En même temps, des drones qui avaient décollé de Damas ont survolé la région de Deir Ezzor et ont transmis les images des frappes», notamment celle d'une bâtisse où avait lieu une réunion des chefs militaires de l'organisation terroriste Daesh. L'agence de presse Tasnim a pour sa part révélé que les six missiles appartiennent à la catégorie des Zolfaghar, de fabrication iranienne et d'une portée d'environ 750 km. Toutes ces tensions, notamment l'avion abattu par les Etats-Unis qui «n'ont pas informé la Russie de l'attaque», rendent de plus en plus incertaines les tractations en cours.