UNE ANNÉE APRÈS LE BROYAGE DU VENDEUR DE POISSON AU MAROC

El Hoceïma et la descente aux enfers

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Les populations d'El Hoceïma fuient la barbarie royale. La persécution sauvage, perpétrée par le Makhzen contre les populations sans défense, est totale.

Le Royaume chérifien, se plaçant en tant que donneur de leçons en matière de droits de l'homme ne cesse d'exercer sa répression aveugle contre les populations d'El Hoceïma, à telle enseigne que la situation vire au rouge si bien que celles-ci (la population) ne voient leur solution que dans la fuite vers des terres lointaines pouvant leur servir d'analgésiques à la douleur qu'elles ont subie suite à la répression sauvage déclenchée par le régime royal. Ce régime use et abuse dans son acharnement contre les populations, en les opprimant avec une rare violence transgressant, de manière flagrante, toutes les lois universelles interdisant la torture et la persécution. Aucune opposition ni position défavorable au pouvoir de Sa Majesté ne sont tolérées. Les populations d'El Hoceïma fuient la barbarie royale. La persécution sauvage, perpétrée par le Makhzen contre les populations sans défense, est totale. Elle est menée sur tous les fronts. Ces populations ne trouvent rien de mieux à faire que de fuir. Le journal britannique The Guardian fait, dans son édition de jeudi dernier, état de vagues de jeunes Marocains n'ayant comme solutions que de se réfugier dans les villes espagnoles de Algesiras et Tarifa. Dans leurs rencontres avec les victimes de la barbarie royale perpétrée contre les populations d'El Hoceïma, des reporters du The Guardian font état de deux frères âgés de 28 et 19 ans, ainsi que de deux de leurs cousins âgés de 21 ans, qui sont arrivés sur les terres ibériques le mois d'août dernier en bravant les dangers de la Méditerranée, à partir de la plage de Souani, à bord d'un Jet-Ski tout en parcourant une distance d'environ 180 km. Ces victimes de la répression déclenchée par les forces royales ont été secourues en pleine Méditerranée. Ces jeunes, se confiant au journal The Guardian, diront que «nous étions quatre sur un même Jet-Ski. Il nous a fallu six heures pour couvrir le trajet entre El Hoceïma et Motril». La répression est tellement féroce que ces jeunes ne pouvaient plus vivre l'horreur et le cauchemar. Toujours dans les colonnes du même journal, ils ont souligné que leur fuite vers l'Espagne avait pour but de se réfugier contre la chasse à l'homme lancée par les forces royales du Palais et ses pratiques brutales et inhumaines. Ils ont déclaré avoir «fui l'enfer marocain pour demander l'asile en Espagne, ainsi que le chaos qui sévit dans la ville martyrisée par des manifestations dénonçant «le broiement», par la police marocaine, du vendeur de poisson.

la terre meurtrie d'El Hoceïma
C'est tout simplement la mort dans l'âme dans un Royaume soi-disant guidé par la descendance du Prophète Mohammed (Qsssl) ayant pourtant interdit toute forme de violence, d'où qu'elle provienne. Le plus grand pays producteur de haschisch fait sienne la torture en réprimant toutes les voix qui lui sont hostiles, ne serait-ce que celles revendiquant leur droit de vivre dans la dignité. Les jeunes, réfugiés en Espagne dénoncent une brutalité dépassant tous les seuils de l'entendement, «accomplie» perfidement par les supplétifs faisant inconditionnellement les courbettes au régime royal. «La police antiémeute marocaine nous a violemment tabassés lors des manifestations. J'ai des marques sur ma main et partout sur mon corps, le Maroc n'est plus en mesure d'offrir quoi que ce soit à la jeunesse, le système est gangrené par les malversations et la corruption, et au bord de l'asphyxie», a témoigné un des interlocuteurs du quotidien britannique, rencontré en Espagne. Le quotidien britannique The Guardian fait état d'une crise gravissime sévissant le massif marocain du Rif. Ses populations, persécutées, sont forcées à l'exode et à la fuite vers l'Europe. Le même journal avance le chiffre de près de 600 personnes ayant été secourues, l'été dernier, en pleine mer après avoir affronté les vagues de la Méditerranée en tentant de rallier les terres ibériques de l'Espagne. L'Agence européenne des Frontières, Frontex, avance le chiffre effarant avoisinant 14.000 Marocains, qui ont tenté, durant les derniers mois de l'année en cours, de rallier les terres espagnoles en empruntant le détroit de Gibraltar. La même agence estime que le flux migratoire a triplé cette année comparativement à l'année écoulée. El Hoceïma est isolée. Elle est coupée du reste du monde, ses habitants sont livrés à la torture et les dépassements lambda. Le Royaume est pertinemment conscient du degré d'éclaboussement qui peut jaillir de la petite image provenant de la terre meurtrie d'El Hoceïma. C'est donc le blocus décidé sur cette région, tout en interdisant l'accès aux journalistes étrangers hébétés par l'ampleur qu'a prise la répression dont font continuellement l'objet les populations. D'ailleurs, un des reporters du tabloïd anglais a tenté de réaliser un documentaire sur le Maroc dans le but de dépeindre l'atmosphère extrêmement tendue à El Hoceïma. Mission vaine pour cet homme des médias qui a été interpellé manu militari par des policiers en civil alors qu'il interviewait des jeunes qui s'apprêtaient à quitter le pays. Le journaliste a été, sur le champ, conduit vers la ville de Casablanca avant qu'il ne soit expulsé sur Londres. Trois officiers se sont chargés d'une telle mission abjecte. En cours de route, ledit journaliste n'a toutefois pas omis de relever, en tant que témoin, le degré de paupérisation de la région du Rif en constatant les routes en dégradation. Selon le journaliste, cette région vit la privation totale en ce qui concerne les infrastructures de base. «Des villages démunis qui vivent au rythme des sociétés primitives», a-t-il souligné dans son constat avant de conclure que «la région du Rif constitue incontestablement la face cachée d'un Maroc au bord de l'explosion».

Un grand fossé sépare les populations du Royaume
Loin des caméras, El Hoceïma est haïssable. Le Palais royal de Mohammed VI est le principal instigateur d'une violence et des scènes de l'agitation qui sont, contre toute attente, inscrites dans la durée dans une ville surplombant l'Atlas du Nord du Maroc, le Rif et ses habitants sont frappés par toutes les misères imposées par les «nobles» du Palais de toutes les turpitudes et de la décrépitude. Cette ville frondeuse est, en permanence, quadrillée par des éléments de la brigade antiémeute. Ces hommes, accomplissant la basse besogne, sont lourdement armés et fortifiés à longueur de journées par d'importants renforts n'ayant de mot d'ordre que de taire toute voix revendiquant le droit à une vie digne. Ces mêmes «fous» du roi ne désarment pas. Déployés un peu partout, ils ont pour mission principale d'empêcher la manifestation devant marquer la célébration du premier anniversaire de la mort du poissonnier, Mohcine Fikri. Il ne s'agit pas là d'une petite bévue policière. «Athane Rebah (broie-les! ndlr)», avait ordonné ce jour-là le policier au conducteur d'un camion d'une benne tasseuse. Le jeune Fikri, tentant de récupérer sa marchandise qui lui a été confisquée par la police, a été effectivement broyé en 2016 à l'intérieur de la benne arrière du camion d'éboueur. Et le malaise social a fini par se transformer en une véritable poudrière s'explosant et embrassant tout le royaume, et depuis, les populations locales vivent au rythme d'une répression aveugle dès qu'elles tentent de sortir de leur silence en créant leur mouvement de protestation populaire qu'elles ont baptisé au nom de la révolte de «Hirak Chaâbi». Ce mouvement n'a pas été sans impact direct sur tous les niveaux alors que le Palais royal a, depuis 2011, usé de toutes ses malices aux fins d'éviter la contagion du syndrome du «Printemps arabe» en accordant quelques concessions perçues par les populations comme rien d'autre que de la poudre aux yeux et une fuite en avant. Les occupants du Palais royal, ayant la peau dure, ne font jamais de concessions au profit des populations opprimées. Celles-ci restent, à leurs yeux, des sujets à soumettre et commander sans plus. Ces populations n'ont pas abdiqué, tant que le mal les rongeant est profond, il s'agit tout simplement de la dignité humaine qui est à la fois bafouée et blessée. Un grand fossé sépare les populations du Royaume. Au lieu de prendre des mesures à la hauteur de la cassure, celui-ci ordonne au Makhzen de doubler de sa férocité en châtiant cruellement les manifestants, tout en réprimant toutes les actions de rue. Cette répression s'est également étalée vers tous les dirigeants du mouvement «Hirak». Les journalistes n'ont pas non plus été évités en faisant l'objet de la traque acharnée et permanente en couvrant les événements.