ENTRE LE NUCLÉAIRE IRANIEN ET LE NUCLÉAIRE CORÉEN

Donald Trump l'illusionniste

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Quand on se prend à feuilleter les livres d'Histoire, on s'aperçoit que les «sommets historiques» avec leurs «poignées de main inimaginables auparavant» ne sont pas si rares que cela. La preuve: deux semaines avant le tête à tête de Singapour, nous avons vu deux frères ennemis se livrer à ce sacerdoce sur la Ligne de démarcation qui sépare les deux Corée. Kim et Moon échangeait alors une poignée de main qui deviendra quelques jours plus tard une franche et pathétique accolade. Un 10 décembre 2013, en Afrique du Sud, c'était le président américain Barack Obama qui affolait les médias grâce à une poignée de main spectaculaire avec son homologue cubain Raul Castro, durant les obsèques de Nelson Mandela. Ce geste suffira à provoquer, un an plus tard, la normalisation entre les Etats-Unis et Cuba! Un an plus tôt, à Belfast, en Irlande du Nord, l'échange concernait la reine Elizabeth II et l'ancien commandant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), Martin McGuinness, l'un des principaux artisans du désarmement du mouvement clandestin en 2005. Faut-il encore rappeler les gestes du 13 septembre 1993 entre le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le leader de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, sous l'oeil du président Bill Clinton? Tout ceci pour dire que le sommet historique de Singapour a sans doute été suivi avec une attention extrême par les peuples arabes, en général, et le peuple Palestinien, en particulier, de sorte que la question qui mérite d'être posée aujourd'hui est la suivante: si le président Donald Trump a le potentiel auto proclamé des négociations de paix jusqu'à leur aboutissement favorable, que n'a-t-il fait la même politique au Moyen-Orient où la question palestinienne demeure cruellement pendante?
De son propre aveu, il aurait rêvé un temps d'être l'artisan d'une paix israélo-palestinienne fondée sur la reconnaissance mutuelle des droits inaliénables de chaque peuple. Sauf qu'il a vite du compter avec ses sponsors durant la campagne électorale qui ont fortement et triomphalement pesé sur sa politique en faveur du seul Israël, tant dans sa colonisation forcenée des territoires occupés et d'El Qods, troisième lieu saint de l'Islam, que dans son déni de l'identité palestinienne par la seule force brutale de son armée. Si le président Donald Trump avait réellement tenté de faire aboutir le processus, comme il l'avait laissé entendre aux premiers jours de son mandat, nul doute qu'il aurait effectivement gagné une place à part dans l'Histoire et dans les mémoires. Mais voilà, tout le monde sait que dans tout ce qui touche à Israël, les Etats-Unis n'ont jamais eu et n'auront jamais les coudées franches, pour des raisons objectives à la fois sur le plan religieux et sur le plan politique. Et Donald Trump l'a vite compris qui a opéré un virage spectaculaire pour embrasser avec une conviction et un zèle forcené les desiderata de Benjamin Netanyahu, non seulement avec le transfert unilatéral de l'ambassade américaine à El Qods, une manière de claquer la porte aux dispositions des accords d'Oslo tout en piétinant allègrement les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU mais aussi avec la remise en cause, tout aussi brutale et instrumentalisée, de l'accord sur le nucléaire iranien. Clairement, il ressort de ces différentes manoeuvres que le président américain n'est pas réellement maitre de ses stratégies comme il paraît l'être en ce qui concerne la Corée du Nord avec laquelle il n'hésite pas à tenter l'aventure, même avec des risques et périls. Face à l'Iran, ennemi juré d'Israël, le président Trump est contraint et forcé d'agir autrement, passant outre le rêve qu'il aura un temps caressé d'être l'artisan d'un dialogue israélo-palestinien sincère et constructif. Bon gré mal gré, il lui faut assumer une fuite en avant dans la surenchère guerrière et la coercition fallacieuse, assuré qu'il est d'obtenir les dédommagements sonnants et trébuchants de l'Arabie saoudite et de ses alliés du Golfe transformés en tiroir-caisse.
Auquel cas, l'histoire dira que Donald Trump aura réussi à faire uniquement illusion.