APRÈS LE RAID SAOUDIEN AU YÉMEN QUI A COÛTÉ LA VIE À 29 ENFANTS

L'ONU et Riyadh ouvrent une "enquête crédible"

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La coalition qui a d'abord tenté de justifier le raid effectué dans la province de Saâda jeudi dernier en affirmant que le bus transportait bien des rebelles armés, a ensuite rectifié le tir en «ne parlant plus d'un bus de passagers ayant subi des dommages collatéraux».

Le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé vendredi une enquête «crédible» sur le raid aérien de la coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite, qui a tué 29 enfants au Yémen. L'ambassadrice britannique à l'ONU, Karen Pierce, en sa qualité de présidente du Conseil et en son nom propre, s'est confiée à des journalistes, au terme d'une réunion à huis clos sur le Yémen, en évoquant sa «grande préoccupation» et son, exigence d'une enquête crédible et transparente».
Peu de temps auparavant, la coalition militaire sous commandement saoudien, qui mène sans relâche des raids aériens au Yémen contre les rebelles Houthis, a indiqué qu'une enquête est ouverte pour déterminer les faits exacts. Ainsi, on comprend par-là même que le Conseil de sécurité n'a pas ordonné une enquête séparée, mais qu'il attend des institutions de l'ONU et de pays tiers qu'ils diligentent ensemble cette affaire. Une démarche que critique vivement Human Rights Watch (HRW) qui s'attendait à une enquête de l'ONU menée de façon indépendante comme l'avait réclamé au demeurant le secrétaire général de l'organisation.»La triste vérité est que l'on a donné aux Saoudiens l'opportunité d'enquêter eux-mêmes et les résultats sont risibles», a dés lors commenté Akshaya Kumar, directrice adjointe de HRW pour l'ONU. La réunion du Conseil de sécruité s'est tenue à la demande de pays non membres comme la Bolivie, les Pays-Bas, le Pérou, la Pologne et la Suède.
Avant la réunion, les Pays-Bas avaient insisté sur la nécessité d'une enquête strictement indépendante, partant du fait que l'initiative de la coalition ne peut être crédible en tant que juge et partie. «Nous avons vu les images des enfants qui sont morts», a déclaré à la presse l'ambassadrice adjointe des Pays-Bas à l'ONU, Lise Gregoire-van Haaren.»Ce qui est crucial maintenant, c'est d'avoir une enquête crédible et indépendante», a-t-elle insisté.
Il semble que la demande du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, soit restée sans effet puisque le Conseil de sécurité n'a pas retenu le caractère essentiel d'une enquête indépendante au grand dam de certains de ses membres certes, non permanents. Au moins 29 enfants âgés de moins de 15 ans ont péri jeudi dans des frappes contre leur bus sur un marché très fréquenté de Dahyan, une zone sous le contrôle des Houthis, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). 48 blessés, dont 30 enfants, ont été admis dans un hôpital géré par cette organisation. La coalition qui a d'abord tenté de justifier le raid effectué dans la province de Saâda jeudi dernier en affirmant que le bus transportait bien des rebelles armés a ensuite rectifié le tir en «ne parlant plus d'un bus de passagers ayant subi des dommages collatéraux».
A Dahyan, le «ministre» de la Santé Houthi, Taha el-Moutawakel, a indiqué à la presse que «51 personnes avaient été tuées, dont 40 enfants» et 79 blessés dont 56 enfants, dénonçant «un crime horrible» qu'il a attribué à la coalition.
Selon lui, «ce bilan n'est pas définitif, de nombreuses personnes étant encore portées disparues». «Nous manquons de sang» a déploré de son côté Jamil Al-Fareh, un médecin urgentiste à l'hôpital de la ville de Saâda.
Par le passé, la coalition conduite par l'Arabie saoudite a été accusée de plusieurs «bavures» contre des civils. Elle a admis sa responsabilité dans certains raids, mais elle accuse régulièrement les Houthis d'utiliser les civils en tant que boucliers humains et de recruter des enfants.
Les rebelles sont soutenus par l'Iran, mais Téhéran conteste leur fournir un appui militaire. «Le monde a-t-il vraiment besoin de voir davantage d'enfants innocents tués pour arrêter la guerre cruelle au Yémen?», avait réagi pour sa part le directeur de l'Unicef pour le Moyen-Orient, Geert Cappelaere.
La guerre au Yémen a déjà fait quelque 10.000 morts depuis l'intervention de la coalition et elle a aussi et surtout engendré selon des organisations de l'ONU «la pire crise humanitaire» au monde.