TURQUIE, RUSSIE, ALLEMAGNE ET FRANCE POUR UNE SOLUTION POLITIQUE À IDLIB

Un consensus biaisé

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Les trois conseillers des dirigeants russe, allemand et turc, réunis à Istanbul ces dernières quarante-huit heures, sont parvenus à un «consensus» général sur le fait que les conséquences d'une attaque à Idlib seraient «graves, et comprendraient le déclenchement d'une nouvelle vague de migration».

Sous la férule des dirigeants turcs, et à leur tête le président Recep Tayyip Erdogan, il semble qu'on s'achemine bel et bien vers un report sine die de la grande offensive que l'armée syrienne s'apprêtait à lancer sur le dernier bastion des groupes terroristes et autres insurgés, dans la province d'Idlib. C'est ainsi que de hauts responsables de Turquie, de Russie, d'Allemagne et de France ont convenu vendredi dernier de poursuivre les négociations en vue d'une «nécessaire solution politique» afin d'éviter un «bain de sang» annoncé par diverses capitales occidentales et par l'ONU dans la province syrienne d'Idlib. Apparemment, il s'agirait de cette même solution politique que le président Erdogan n'a pu obtenir pleinement de ses interlocuteurs russe, le président Vladimir Poutine, et iranien, le président Hassan Rohani, lors du sommet de Téhéran, la semaine dernière. Tout au plus, les deux hommes lui avaient concédé un délai pour tenter d'arracher aux groupes rebelles un accord qui leur permettrait de déposer les armes et de quitter Idlib vers une autre destination, probablement une zone tampon sur la frontière turco-syrienne. Mais ce projet se heurte d'emblée à la prééminence violente qu'exerce la faction de Fateh al Cham, alias al Nosra, ex branche d'al Qaïda, sur l'ensemble des groupes armés dans la province d'Idlib. Il n'empêche, que russes et iraniens se rallient aux positions turques qui satisfont par ailleurs aux attentes des pays occidentaux, parrains directs des groupes armés, ainsi que de l'ONU et donnent quitus à Ankara pour trouver une solution politique à défaut de la solution militaire pour laquelle l'armée syrienne est en phase d'alerte.
Les trois conseillers des dirigeants russe, allemand et turc, réunis à Istanbul ces dernières quarante huit-heures, sont parvenus à un «consensus» général sur le fait que les conséquences d'une attaque à Idlib seraient «graves, et comprendraient le déclenchement d'une nouvelle vague de migration». Or, c'est ce que redoutent principalement la Turquie qui accueille plus de trois millions de réfugiés syriens depuis 2014 et l'Allemagne qui en a reçu plusieurs centaines de milliers avec la politique d'accueil volontariste de la chancelière Angela Merkel, au grand dam de plusieurs autres pays européens. Le conseiller présidentiel russe, Iouri Ouchakov, le conseiller en politique étrangère de la chancelière allemande, Jan Hecker, et le conseiller diplomatique du président français, Philippe Etienne, ont travaillé sur un ordre du jour et d'autres paramètres en prévision du sommet qui doit réunir incessamment les dirigeants des quatre pays.
«Au cours de notre réunion, nous avons eu l'occasion de discuter des mesures que nous pourrions prendre pour empêcher une catastrophe à Idlib», a déclaré le conseiller turc, M. Kalin, soulignant les attentes de la Turquie à l'égard de la communauté internationale et des dirigeants du monde entier qui devraient selon lui exprimer un soutien plus ouvert et plus direct sur ce sujet. Maintenir le statut actuel d'Idlib, protéger les civils et éviter une crise humanitaire sont parmi les plus grandes priorités d'Ankara, a souligné le conseiller présidentiel.
Le lieu et la date du prochain sommet de ce quartette seront finalisés plus tard après une évaluation des résultats de cette réunion. C'est ainsi qu'on apprend que le président turc Recep Tayyip Erdogan devrait rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine demain pour discuter du sort d'Idlib dans la station balnéaire de Sotchi, en Russie, quelques jours après le sommet tenu avec leur homologue iranien, à Téhéran, la semaine dernière, et où ils ne sont pas parvenus à conclure l'accord de cessez-le-feu réclamé par Ankara. La Turquie et ses alliés occidentaux veulent empêcher coûte que coûte l'assaut sur Idlib de l'armée syrienne et de ses alliés russe et iranien. Depuis lors, le président Erdogan recherche l'appui de Washington, de Paris et de Berlin pour tenter d'infléchir la position de ses partenaires du processus d'Astana et garder ainsi le statu quo qui lui permettrait de conserver des troupes secondées par des factions insurgées, dans le nord de la Syrie. D'où le plaidoyer turc de maintien du statut actuel d'Idlib qui permettra aux groupes terroristes de se diluer dans la mouvance dite rebelle et de maintenir une présence parasite dans le territoire syrien qui réduirait tôt ou tard à néant les immenses sacrifices de l'armée syrienne et de ses alliés.