«GILETS JAUNES» EN FRANCE

Le gouvernement tente d'éteindre l'incendie

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Partout en France, les appels sur les réseaux sociaux à se mobiliser une nouvelle fois ce samedi sont pour l'heure maintenus.

Après le gel d'une taxe à l'origine de la fronde des «Gilets jaunes», le gouvernement français continuait, hier, à lâcher du lest, promettant un bilan de la réforme contestée de l'Impôt sur la fortune, dans l'espoir de conjurer le spectre d'une nouvelle manifestation violente à Paris.
L'annonce mardi dernier par le Premier ministre Edouard Philippe d'une série de concessions sur la taxe carbone ou les tarifs de l'énergie, n'a pas semblé convaincre la majorité des manifestants qui multiplient blocages et rassemblements parfois violents, depuis trois semaines, dans tout le pays. Seuls deux dépôts pétroliers ont été débloqués, tandis que la plupart des «Gilets jaunes «balayaient du revers de la main des «mesurettes» du gouvernement et promettaient de poursuivre leur mouvement.
Partout en France, les appels sur les réseaux sociaux à se mobiliser, une nouvelle fois, ce samedi sont pour l'heure maintenus. Éric Drouet, l'un des plus connus des «Gilets jaunes», a appelé à «retourner à Paris» samedi, «près des lieux de pouvoirs, les Champs-Élysées, l'Arc de Triomphe, Concorde».
Une perspective des plus inquiétantes pour les autorités, encore sous le choc des scènes de guérilla urbaines - barricades, voitures brûlées, magasins pillés - vues samedi dernier à Paris. Ces images, qui ont fait le tour du monde, ont porté un coup à l'économie et au tourisme.
Quatre personnes sont mortes et des centaines ont été blessées depuis le début des manifestations le 17 novembre et le gouvernement craint aussi une extension de la colère à d'autres secteurs. La situation est tendue dans les lycées et les agriculteurs envisagent, eux aussi, de prochaines manifestations. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, a appelé mardi soir les «Gilets jaunes raisonnables» à renoncer à un nouveau rassemblement parisien samedi, promettant de mobiliser des renforts policiers en nombre si la manifestation avait lieu.
Du côté de l'opposition, le président des Républicains (droite) Laurent Wauquiez a réclamé, hier, une instauration provisoire de l'état d'urgence pour éviter un nouveau «samedi noir». Un débat parlementaire a eu lieu hier à l'Assemblée nationale après une intervention du Premier ministre devant les députés pour défendre son plan de sortie de crise. Avant qu'Édouard Philippe ne prenne la parole, de nombreux ministres étaient mobilisés sur le front médiatique. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a réaffirmé hier que si l'Exécutif ne trouvait «pas de solution» à l'issue de la vaste concertation qui doit être menée jusqu'au 1er mars, il «renoncera» définitivement à la hausse des taxes. M. Griveaux a également entrouvert la porte à un possible rétablissement de l'Impôt sur la fortune (ISF), réclamé par de nombreux manifestants au nom de la justice fiscale, mais seulement après une évaluation par le Parlement, à partir de «l'automne 2019».
Pour les analystes, ces annonces marquent un premier recul pour Emmanuel Macron qui, depuis le début de son mandat en mai 2017, s'était fait fort de ne pas céder à la rue. Mais le président, critiqué pour sa politique économique jugée trop favorable aux plus aisés, est affaibli: sa cote de confiance a plongé de six points à 23%, un nouveau plus bas, selon un sondage. Signe de la tension dans le pays, le président a été hué et insulté lors d'une visite surprise mardi soir à la préfecture du Puy-en-Velay (centre-est), qui avait été incendiée samedi.
De Washington, le président américain Donald Trump a ironisé sur les concessions faites par son homologue français sur les taxes sur les carburants, estimant qu'elles démontraient que l'accord de Paris sur le climat était voué à l'échec.