DES PÉTROLIERS ENDOMMAGÉS ET UNE ATTAQUE DE DRONES AFFECTENT L'ARABIE SAOUDITE

La poudrière du Golfe risque l'embrasement

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La crainte d'un affrontement naval entre l'Iran et les États-Unis dans le Golfe, malgré le déséquilibre des forces en présence, est montée d'un cran hier, avec l'annonce par l'Arabie saoudite d'attaques menées par des drones sur deux stations de pompage d'un important complexe pétrolier.

Les opérations de pompage saoudiennes ont cessé hier dans un important oléoduc attaqué par des drones qui ont ciblé deux stations de pompage près de la capitale Riyadh, selon le ministre de l'Energie Khalid al-Falih. Auparavant, la télévision al-Massirah, contrôlée par les rebelles Houthis du Yémen voisin, a évoqué une «opération militaire majeure» contre des sites saoudiens, opérée au moyen de «sept drones» contre «des installations vitales» saoudiennes. Khalid al Falih a condamné ces attaques, considérant que «les derniers actes de terrorisme et de sabotage dans le Golfe (...) visent non seulement le royaume (saoudien), mais aussi la sécurité des approvisionnements pétroliers dans le monde et l'économie mondiale. Ces attaques prouvent, une fois de plus, qu'il est important pour nous de faire face aux entités terroristes, y compris les miliciens Houthis au Yémen qui sont soutenues par l'Iran». On comprend à la lumière de ces propos qu'il suffit d'un rien pour que la déflagration recherchée intervienne et c'est pourquoi tous les regards sont désormais braqués sur une région où le feu couve toujours sous la cendre.
La compagnie Aramco «a pris des mesures de précaution et a interrompu temporairement les opérations sur l'oléoduc Est-Ouest qui relie la Province orientale, une région saoudienne riche en pétrole, et le port de Yanbu, sur la mer Rouge», a encore indiqué El Falih. L'oléoduc concerné est d'une longueur de 1.200 kilomètres et d'une capacité de 5 millions de barils par jour. Ces attaques interviennent au lendemain de l'annonce de mystérieux «actes de sabotage» commis sur quatre navires dans le Golfe, dont deux pétroliers saoudiens, selon les autorités des Emirats arabes unis. Lesquels sont, comme l'Arabie saoudite, de proches alliés des Etats-Unis dont le ton n'a cessé de monter contre Téhéran, aussi bien pour le dossier nucléaire que pour des «actions déstabilisatrices» au Moyen-Orient.
La crainte d'un affrontement naval entre l'Iran et les États-Unis dans le Golfe, malgré le déséquilibre des forces en présence, est ainsi montée d'un cran, hier. Depuis plusieurs jours, le ton s'est considérablement durci entre les deux pays, Washington ayant annoncé une nouvelle salve de sanctions pour mettre Téhéran à genoux tandis que l'Iran avertissait de sa décision de ne plus respecter certains engagements contenus dans l'accord de 2015 sur son programme nucléaire.
L'hyperpuissance américaine aurait, selon certaines sources, élaboré un plan qui prévoirait l'envoi de plus de 100 000 hommes dans la région où se trouve déjà la Ve flotte, basée à Bahrein, des bases implantées dans plusieurs pays du Proche-Orient, des porte-avions, sans compter les forces dont disposent ses alliés saoudiens et israéliens. Face à elle, un Iran isolé et dont l'économie est lourdement affectée par les sanctions appliquées depuis plusieurs années, un Iran aux moyens militaires bien plus modestes tels que des vedettes rapides, des mouilleurs de mines, des missiles, et dont la principale force de frappe reste les Gardiens de la Révolution. On imagine mal, dans un tel contexte, une guerre navale selon le schéma classique. Tout au plus, s'agira-t-il d'une sorte de guérilla en mer, les équipements iraniens ne pouvant en aucun cas soutenir la comparaison avec ceux de l'armada américaine. La politique mise en branle bas de combat par le président Donald Trump, dès son arrivée à la Maison-Blanche, obéit au souci majeur de garantir la suprématie militaire d'Israël dans la région. Or, la montée en puissance de l'Iran au cours de la décennie actuelle a quelque peu alarmé les dirigeants sionistes tels que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui a fait de Téhéran son ennemi numéro un et son obsession au quotidien. Mais il serait faux d'en déduire que la partie serait gagnée d'avance pour la coalition américano-israélo-saoudienne. Les forces iraniennes auront beau jeu de recourir à un essaim de mines dans le détroit d'Ormuz, au harcèlement des porte-avions et autres navires de guerre américains par leurs vedettes rapides qui disposent de lance-roquettes et de missiles à courte ou moyenne portée et, le cas échéant, aux missiles anti-navires sol-mer de longue portée.
Toute la stratégie iranienne consistera, alors, à faire le maximum de dégâts avec des moyens nettement moins onéreux! Quant à la carte ultime, elle apparaîtrait dans la mise en quarantaine du passage le plus réduit du détroit d'Ormuz, facile à cibler et d'où il ne sera pas aisé d'en sortir indemne. Autant de paramètres qui conduisent à privilégier un bras de fer économique auquel s'adonne déjà l'administration Trump plutôt qu'une action militaire aventureuse.