SIX PERSONNES TUÉES DANS DES HEURTS MEURTRIERS

Un Conseil souverain sera mis en place au Soudan

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Civils et militaires se sont donc mis d'accord tout d'abord sur la structure des autorités de transition amenées à remplacer le Conseil militaire, actuellement au pouvoir, et d'accord aussi sur leurs prérogatives.

Six personnes ont été tuées dans des incidents, lundi soir, à Khartoum aux abords du sit-in, selon des sources médicales et l'armée. Cinq manifestants et un militaire ont été tués dans ces heurts. Le Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis la chute du président Omar el-Béchir le 11 avril, a attribué les incidents à des «éléments non identifiés» cherchant à entraver le processus politique. Au même moment, ce Conseil militaire, qui assure l'intérim depuis la destitution du président Omar el-Béchir, et les représentants de la société civile sont parvenus à une première salve d'accords portant sur la structure du futur gouvernement de transition. Les tensions ont commencé en fin de journée, lundi, au moment où des groupes de manifestants qui convergeaient vers le sit-in ont été stoppés par les forces de sécurité. On a pu entendre des tirs nourris et plusieurs personnes ont été prises en charge par les médecins bénévoles. Durant la nuit, d'autres manifestants sont venus grossir les rangs de ceux qui occupent, depuis le 6 avril, les abords du quartier général de l'armée. Dans une grande confusion, certains affirmant que des miliciens les auraient attaqués et les forces de sécurité assurant, elles, que des manifestants les auraient agressées. Ces nouvelles violences surviennent au moment où le Conseil militaire et les représentants civils sont parvenus à trouver un premier accord sur la structure du futur gouvernement de transition, c'est-à-dire comment sera dirigé le pays jusqu'aux prochaines élections, qui devraient se tenir dans deux ou quatre ans. Les discussions politiques devaient reprendre dans la journée d'hier.
Au même moment, on apprenait que le président déchu Omar el-Béchir venait d'être inculpé pour le meurtre de manifestants en décembre dernier, début du soulèvement contre le gouvernement. Une première dans ce pays qui sort à peine de plus de trente ans de dictature.
Les discussions avaient repris lundi après une suspension de 15 jours. Les divergences étaient nombreuses. Les civils insistaient pour diriger la transition qui doit conduire à des élections dans les années qui viennent. Les militaires, quant à eux, voulaient s'assurer le contrôle de la future autorité de transition et garantir le fait que la charia continuerait d'être la source du droit. Le nouveau «Conseil souverain» - c'est son nom officiel - inclura donc des civils et des militaires, ont annoncé à la presse des porte-parole des négociateurs, après plusieurs heures de discussions à huis clos. Cependant, sa composition précise ne sera abordée que demain, mardi, au cours d'une nouvelle session de pourparlers, ainsi que la durée de la transition jusqu'à l'organisation d'élections. Le principe d'un Cabinet exécutif et d'un Parlement de transition a également été retenu. Il s'agit donc d'une première percée, alors que la situation s'était quelque peu tendue, ces derniers jours, à Khartoum. Hier encore, des dizaines de Soudanais ont bloqué des routes à Omdurman, ville voisine de Khartoum, pour dénoncer la mort de manifestants la veille au soir dans des affrontements, ont rapporté des témoins.
Des manifestants se sont rassemblés à Abbassiya et Al-Arbaa, deux quartiers d'Omdurman, pour protester contre le Conseil militaire au pouvoir. «Protège ta patrie ou prépare-toi à mourir», ont scandé les manifestants. Certains contestataires ont brûlé des pneus pour empêcher la circulation entre différents quartiers de la ville, où des soldats ont été déployés à bord de véhicules. A Khartoum, la situation était calme en revanche autour du sit-in devant le QG de l'armée, où des centaines de manifestants continuent de camper.